J’ai eu un temps cet espoir fou de bannir le mot Covid de ma chronique ! Las, même si l’évolution sanitaire est très positive, il est encore présent, diminué mais toujours inquiétant… Et puis il va falloir réparer la dévastation qu’il aura laissée sur son passage ! Et l’on sent que la situation est déjà prise à bras le corps, comme un nouveau défi !
Dans mes chroniques je m’interdis autant que possible toute comparaison avec la situation française, hormis quelles clins d’œil. Mais sur ce blog je ne puis me retenir : d’un coté une préparation exemplaire, des rôles clairement identifiés, une politique aisément compréhensible appliquée sans faille et vécue comme une aventure collective, le souci de préserver le lien social, notamment par l’école… ; de l’autre des « premiers de cordée » défaillants, ou au mieux absents, incapables de créer autre chose qu’une paranoïa collective sur laquelle il sera bien difficile de reconstruire quoi que ce soit !Et qu’on ne me dise pas que c’est parce que l’Islande est un petit pays !
Vite, vite… car déjà la presse internationale s’en empare : la réaction des Islandais à l’invasion de Covid serait un modèle ! Il est évidemment bien trop tôt pour se réjouir, et les mesures d’allégement applicables à partir du 4 mai sont encore très prudentes. Bien sur, il y a la politique suivie en matière de tests et de mises en quarantaine, mais il y a aussi le souci de ne pas casser les liens sociaux, une communication de qualité génératrice de confiance, et une mise en retrait des politiques sur les décisions sanitaires pour se consacrer aux conséquences sociales et économiques de la situation, actuelles et à venir. Il faudra y revenir.
Cette chronique est brève. Bonne lecture,
Michel
PS aux abonnés à ce blog : j’essaierai d’apporter quelques réflexions complémentaires dès que je serai d’humeur. De plus on commence à avoir des informations sur les résultats des travaux de DeCODE qu’il peut être intéressant de partager …si ce n’est pas trop technique !
A la suite de ma chronique de mars, Hanna Steinunn
Þorleifsdóttir, Maître de conférences en Langue, Littérature et Civilisation
islandaises à l’Université de Caen Normandie, m’écrit ce qui suit, où elle
résume parfaitement bien la réponse islandaise à l’invasion de Covid. Elle m’autorise
à la citer :
la « triade »
en Islande, l’accent est mis sur le dépistage de ceux qui montrent des signes de la maladie ou tout simplement de ceux qui le souhaitent (au 30 mars : 17.904) et de tracer qui les contaminés ont côtoyés avant d’être mis en quarantaine ou en confinement. Et il est décidé dès le début de protéger les vieux et autres groupes fragiles,
les crèches et les écoles primaires ne sont pas fermées. Par contre, les lycées et les universités le sont,
c‘est la triade, le responsable de la protection civile, le médecin chef spécialiste des épidémies et le médécin-chef national qui s’occupe de la direction des mesures nationales et de la communication (avec un 4e/5e invité) par conférence de presse quotidienne en direct à la télévision et la radio nationale à propos des opérations nécessaires pour ralentir autant que possible la propagation du virus. Ces rendez-vous quotidiens ont lieu tous les jours depuis un mois. Il est rassurant d’avoir toutes les informations de première main tous les jours à 16h (14h en Islande) sur ruv.is ; le dialogue avec les journalistes aide aussi,
les politiques ont décidé de se mettre en retrait pour se concentrer sur le côté légal et économique,
toutes les informations (en islandais, anglais et polonais) sont sur le site https://www.covid.is/data.
Donc, en confirmation de ce qui a déjà été relevé ici, un dépistage aussi systématique que possible (27467 tests au 5 avril soit près de 8% de la population), auquel la société DeCODE contribue largement, rassemblant ainsi de précieuses informations pour ses études ; les personnes infectées sont confinées, et toutes les personnes rencontrées auparavant mises en une quarantaine drastique, d’autant plus justifiée que 53% des personnes concernées seront ensuite diagnostiquées positives. Sont donc actuellement « mises à l’écart » environ 7000 personnes, ou 2% de la population.
Les 98% autres connaissent eux aussi des restrictions,
notamment l’interdiction de rencontres de plus de 20 personnes, qui entrainent
la fermeture de lieux publics (hôtels, restaurants, cafés, piscines…), l’annulation
de spectacles, une réorganisation des établissements scolaires, des précautions
dans les magasins… Mais ces restrictions
n’ont pas pour effet de casser la vie sociale. Et ceci est essentiel aux yeux
des Islandais.
Autre originalité : la séparation des rôles. La gestion de l’épidémie et une communication fiable sur son évolution sont de la responsabilité des médecins et fonctionnaires de police. Il revient aux politiques de faire ce pour quoi ils ont été élus : aider la population à faire face aux conséquences sociales et économiques du ralentissement de l’activité et préparer l’avenir[1]. Cette séparation a une conséquence positive : la confiance, tant à l’égard de la « triade » et de ceux qu’elle représente, qu’à celui du gouvernement, dont la côte bondit de 38.8 à 52.9% (sondage MMR) !
Je reviendrai dans un prochain article sur les conséquences
économiques de l’épidémie, soit une crise dont la profondeur dépendra beaucoup
de la saison touristique à venir, et notamment de la date de reprise du
transport aérien.
Pour ce qui concerne l’épidémie elle-même, voici les résultats du 5 avril, avec toujours les mêmes caractéristiques :
un nombre élevé de personnes infectées, à mettre en rapport avec le grand nombre de tests,
un faible nombre de décès à ce jour (6),
un faible nombre de personnes hospitalisées et en soins intensifs,
des mouvements importants d’entrées et surtout de sorties de quarantaine.
Reykjavík, le 5 avril 2020
Selon la triade, mais avec beaucoup de précautions, les résultats constatés semblent confirmer que le pic sera atteint en milieu de mois, pour redescendre quand ?
[1]
Voir les dispositions prises à ce jour dans ma
chronique de mars